Bien se comprendre en utilisant un vocabulaire commun

Quand un même mot ne dit pas la même chose

Imaginez une rencontre autour d'un enfant de cinq ans. Son éducatrice en service de garde dit qu'il « manque de coordination ». Sa kinésiologue parle de « contrôle moteur ». Son enseignante d'éducation physique évoque ses « habiletés motrices », et son grand-père, lui, trouve simplement qu'il est « maladroit ». Tout le monde observe le même enfant. Pourtant, chacun emploie un mot différent, avec une nuance différente, et personne n'est certain que les autres comprennent la même chose.

Cette situation n'est pas rare. Les personnes qui gravitent autour des enfants proviennent de disciplines variées : petite enfance, éducation, kinésiologie, éducation physique et à la santé, réadaptation, recherche, et bien sûr la famille. Chacune possède sa formation, ses habitudes de langage et ses références. Le résultat est connu : des termes différents servent à décrire des concepts semblables, et parfois un même terme recouvre des concepts distincts.

C'est précisément ce besoin qui a donné naissance au projet. Son objectif est simple : arriver à une terminologie commune afin de simplifier et d'améliorer les communications entre les acteurs de différentes disciplines.

Pourquoi un vocabulaire commun change la donne

Un vocabulaire partagé n'enlève rien à l'expertise de chacun. Il offre plutôt un point d'appui commun, qui permet de se comprendre avant de se mettre d'accord sur la suite. Voici ce qu'il change concrètement, selon la place que l'on occupe.

Pour les parents et les grands-parents. Les mots utilisés par les professionnels peuvent paraître techniques, voire intimidants. Une définition claire, rédigée avec soin, permet de comprendre ce que signifient le tonus, la latéralisation ou la planification motrice, de poser de meilleures questions et de participer pleinement aux discussions qui concernent l'enfant.

Pour les intervenants et les professionnels. Lorsque l'éducatrice, l'enseignant, la kinésiologue et l'ergothérapeute donnent le même sens à une expression, les observations se transmettent sans déformation. Les plans d'action gagnent en cohérence, les références d'un service à l'autre se font plus facilement, et l'on évite les malentendus qui font perdre du temps, voire de la confiance.

Pour les étudiants. Au cours de leur formation, les futurs professionnels croisent des cours, des manuels et des milieux de stage qui n'utilisent pas toujours les mêmes termes. Un vocabulaire de référence leur donne un repère stable pour relier ce qu'ils apprennent et pour entrer dans leur future pratique avec un langage que d'autres comprendront.

Pour les chercheurs. La comparaison des études repose sur des concepts clairement définis. Lorsqu'un même terme est défini de plusieurs façons, il devient difficile de rassembler les résultats, de les comparer ou de les reproduire. Un langage commun soutient la collaboration entre équipes et la circulation des connaissances.

Dans tous les cas, le principe est le même : une expression doit avoir la même signification, quel que soit notre titre professionnel ou notre rôle personnel auprès de l'enfant.

Comment le vocabulaire a été construit

Ce vocabulaire n'est pas l'opinion d'une seule personne. Il repose sur une démarche en plusieurs étapes, menée par Alexandre Maltais, M.Sc., chercheur à ÉCOBES, et Tommy Chevrette, Ph. D., directeur de l'Observatoire, avec le soutien financier de la Table sur le mode de vie physiquement actif (TMVPA) et du ministère de l'Éducation.

  1. Identification et priorisation des termes. L'équipe a d'abord dressé la liste des termes les plus utilisés dans le domaine, puis les a classés par ordre d'importance.
  2. Recherche documentaire. Les plateformes EBSCOhost et ProQuest ont été interrogées sur sept bases de données, dont Academic Search Complete, CINAHL Plus with Full Text, MEDLINE with Full Text et SPORTDiscus with Full Text, ainsi que des collections de thèses et de livres numériques. Au total, 1 528 références ont été repérées.
  3. Lecture et extraction des définitions. Les articles, thèses et mémoires ont été examinés un à un afin d'en extraire les définitions proposées. Pour un terme comme l'apprentissage moteur, il a fallu lire une vingtaine de références avant d'atteindre la saturation des données, c'est-à-dire le moment où plus aucune définition vraiment nouvelle n'apparaît.
  4. Sondages. Trois sondages ont été menés auprès de 120 personnes provenant de 69 organisations, afin de confronter les définitions au regard du terrain.
  5. Intégration des commentaires et priorisation finale. Les commentaires reçus ont été intégrés pour arriver à des formulations claires et consensuelles.

Une sixième étape, la vulgarisation, est à venir : elle consistera à rendre ces définitions encore plus accessibles au grand public.

Une démarche inspirée de PLaTO-Net

Ce projet s'inspire d'une initiative internationale, le réseau PLaTO-Net (Play, Learn, and Teach Outdoors Network), qui a établi la terminologie, la taxonomie et l'ontologie entourant le jeu, l'apprentissage et l'enseignement extérieur. Ce travail a mobilisé une revue systématique de la littérature, puis plusieurs tours de consultation auprès de membres de nombreux pays. L'Observatoire a repris cette idée : lorsqu'un domaine se développe dans des disciplines et des contextes très variés, s'entendre sur les mots est un premier pas essentiel vers une collaboration durable.

Ce que contient le vocabulaire

Les définitions couvrent les grands concepts du développement moteur et psychomoteur : l'agilité, l'apprentissage moteur, le contrôle moteur, le développement global, la dextérité, les difficultés motrices, les habiletés motrices, la latéralisation, la littératie physique, la planification motrice, la psychomotricité, les réflexes primitifs et le tonus musculaire. Chaque définition est offerte en français et en anglais, afin de faciliter les échanges entre les milieux francophones et anglophones.

Prenons un exemple. Le tonus musculaire y est décrit comme le niveau continu et passif de contraction musculaire partielle présent au repos, qui permet de maintenir la posture, la stabilité articulaire et un état de préparation au mouvement. Voilà une formulation précise, mais qui peut aussi être expliquée simplement à un parent. C'est tout l'intérêt de la démarche : une base rigoureuse, sur laquelle chacun peut ensuite s'appuyer à sa façon.

Et après?

Les prochaines étapes prévoient la vulgarisation des définitions, avec une équipe à former, une méthodologie et un échéancier, puis une large diffusion : infolettre de l'Observatoire, section « Vocabulaire commun » de la bibliothèque de l'ODMP, réseau des CPE et des services éducatifs à la petite enfance, milieux de la kinésiologie et de l'éducation physique et à la santé, partenaires de la TMVPA et ministère de l'Éducation.

Ce vocabulaire est destiné à évoluer avec les connaissances et les besoins du terrain. Nous vous invitons à le consulter, à l'utiliser dans vos échanges et à nous faire part de vos commentaires. Plus nous serons nombreux à parler le même langage, plus il sera facile de soutenir le développement moteur et psychomoteur de chaque enfant.

Télécharger les définitions

Pour conserver ces définitions ou les partager avec votre équipe, votre famille ou vos étudiants, téléchargez le document complet : Télécharger les définitions du vocabulaire commun