Vulgarisation scientifique
Une étude néerlandaise menée auprès de plus de 1 100 élèves du primaire montre que les enfants plus habiles sur le plan moteur bougent plus intensément à la récréation, en partie parce qu’ils y prennent plus de plaisir. Les enfants plus prosociaux, eux, aiment davantage bouger, sans pour autant être plus actifs.
Imaginez Maya, neuf ans. Quand la cloche de la récréation sonne, ses amis se précipitent vers le terrain de soccer. Maya, elle, reste souvent près du mur. Elle n’aime pas trop courir après le ballon : elle a l’impression d’être plus lente que les autres et de rater ses passes. À quelques mètres, Sami court, saute, grimpe et change de jeu à toute vitesse.
Pourquoi certains enfants profitent-ils de la récréation pour bouger beaucoup, alors que d’autres restent plutôt tranquilles ? C’est la question qu’ont étudiée deux chercheuses de la Vrije Universiteit Amsterdam, aux Pays-Bas, dans une étude publiée en 2025 dans le Journal of Sports Sciences.
Pourquoi s’intéresser à la récréation ?
Bouger chaque jour est essentiel au développement physique, social, émotionnel et cognitif des enfants. Les Directives canadiennes en matière de mouvement sur 24 heures recommandent aux enfants de 5 à 17 ans au moins 60 minutes d’activité physique d’intensité moyenne à élevée par jour. Pourtant, beaucoup d’enfants n’atteignent pas cette cible.
La récréation est une occasion précieuse : elle revient tous les jours, elle est gratuite, elle se déroule souvent dehors et elle rejoint tous les enfants, quel que soit leur milieu. Mais tous les enfants n’en profitent pas de la même façon. On savait encore peu de choses sur ce qui pousse un enfant à bouger beaucoup, ou peu, pendant la récréation.
Comment l’étude a-t-elle été menée ?
Les chercheuses ont rencontré 1 154 élèves d’écoles primaires néerlandaises, âgés en moyenne de 9 ans (environ autant de garçons que de filles). Il s’agit d’une étude transversale : chaque enfant a été évalué à un seul moment, comme une photographie.
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Activité légère ou intense, c’est quoi ? L’activité physique légère, c’est bouger sans s’essouffler : marcher, se promener, jouer calmement debout. L’activité d’intensité moyenne à élevée fait battre le cœur plus vite et essouffle un peu : courir, sauter, jouer à la tag ou au ballon. C’est surtout cette dernière qui compte pour atteindre les recommandations. |
Pour chaque enfant, l’équipe a mesuré quatre éléments :
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L’activité physique à la récréation : chaque enfant portait un accéléromètre, un petit capteur qui enregistre les mouvements. Les données de quatre récréations ont été combinées pour estimer le temps passé en activité légère et en activité d’intensité moyenne à élevée.
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Les habiletés motrices : avec l’Athletic Skills Track, un parcours chronométré qui enchaîne des habiletés de base comme courir, sauter, ramper, lancer et attraper.
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Les comportements prosociaux : rapportés par l’enseignante ou l’enseignant (questionnaire SDQ) : partager, aider, être gentil avec les autres.
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Le plaisir de bouger : les enfants ont rempli un questionnaire sur le plaisir qu’ils ressentent à faire de l’activité physique (Physical Activity Enjoyment Scale).
Des modèles statistiques ont ensuite permis de voir comment ces éléments sont liés entre eux, en tenant compte de l’âge et du genre des enfants.
Ce que les chercheuses ont découvert
1. Plus habile, plus actif
Les enfants qui avaient de meilleures habiletés motrices passaient plus de temps en activité d’intensité moyenne à élevée pendant la récréation, et moins de temps en activité légère. Autrement dit, ils couraient, sautaient et jouaient plus intensément. À l’inverse, les enfants moins habiles risquent de passer la récréation à bouger peu.
2. Le plaisir fait le pont
Une partie de ce lien passe par le plaisir. Les enfants plus habiles aimaient davantage bouger, et ce plaisir était lui-même lié à leur façon d’être actifs à la récréation. C’est logique : quand on réussit un geste, on a envie de recommencer. Quand on se sent maladroit, on a plutôt tendance à éviter les jeux actifs. En moyenne, les enfants disaient beaucoup aimer bouger (environ 4,2 sur 5).
3. Les enfants prosociaux aiment bouger… sans bouger davantage
Les enfants décrits par leur enseignant comme plus prosociaux (qui partagent, aident, coopèrent) aimaient aussi davantage l’activité physique. Mais, contrairement à ce qu’on aurait pu croire, ils n’étaient pas plus actifs pendant la récréation. Le plaisir ne suffit donc pas toujours : il faut aussi les habiletés et les occasions pour passer à l’action.
Corrélation n’est pas causalité
Comme les enfants ont été évalués à un seul moment, l’étude montre des liens, mais pas des causes. Il est possible que de bonnes habiletés motrices amènent un enfant à bouger plus. Mais l’inverse est aussi plausible : un enfant qui bouge beaucoup pratique davantage et devient plus habile. Les deux effets se renforcent probablement l’un l’autre.
L’étude a aussi ses forces : un très grand nombre d’enfants, une mesure objective de l’activité par accéléromètre et un test moteur concret. Elle a toutefois été menée aux Pays-Bas, où l’organisation des écoles et des récréations peut différer de celle d’ici. Les résultats devront être confirmés ailleurs, y compris au Québec.
Que retenir pour les parents et les intervenants ?
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Miser sur le plaisir. Un enfant qui aime bouger a plus de chances de rester actif. Valoriser l’effort, la découverte et le jeu plutôt que la performance.
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Offrir une variété d’activités à la récréation. Cordes à danser, marelle, ballons de différentes tailles, jeux de poursuite, modules à grimper : plus le choix est grand, plus chaque enfant peut trouver un jeu qui lui plaît.
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Porter attention aux enfants moins habiles. Ce sont eux qui risquent le plus de peu bouger. Des jeux sans élimination, des petits groupes et des défis adaptés à leur niveau peuvent les aider à prendre confiance.
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Développer les habiletés motrices de base. Courir, sauter, lancer, attraper, garder l’équilibre : ces habiletés se pratiquent en éducation physique, au parc et en famille. Elles ouvrent la porte à plus de jeux actifs.
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Accompagner sans imposer. Les surveillants et les enseignants peuvent lancer un jeu, inviter un enfant isolé à se joindre au groupe ou proposer un rôle à sa mesure.
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Viser 60 minutes par jour. La récréation peut fournir une bonne partie des 60 minutes d’activité d’intensité moyenne à élevée recommandées chaque jour pour les 5 à 17 ans.
En conclusion
Revenons à Maya, près de son mur. Cette étude suggère que, pour l’aider à bouger davantage, il ne suffit pas de lui dire d’aller jouer. Il faut l’aider à se sentir habile et à prendre plaisir au mouvement : un jeu à sa mesure, un ami qui l’invite, un ballon plus facile à attraper.
La récréation est l’un des rares moments où tous les enfants peuvent bouger chaque jour. En misant sur les habiletés motrices et sur le plaisir, on peut faire en sorte qu’elle profite à tous, et pas seulement aux plus habiles.
Indexation ODMP
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N° de l’article : 002
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Domaines ODMP ciblés : Physique et moteur ; Affectif (émotionnel) ; Social ; Environnement
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Âge des participants : élèves du primaire, 9 ans en moyenne
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Tranche d’âge ODMP : 6-12 ans
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Étude : transversale ; Pays-Bas ; 1 154 participants
Référence de l’étude
de Bruijn, A. G. M. et Brocken, J. E. A. (2025). Motor and prosocial skills relate to enjoyment and physical activity levels during primary school recess. Journal of Sports Sciences, 43(15), 1532-1546. https://doi.org/10.1080/02640414.2025.2510096
Pour aller plus loin : Société canadienne de physiologie de l’exercice, Directives canadiennes en matière de mouvement sur 24 heures pour les enfants et les jeunes (5-17 ans), csepguidelines.ca.
Note : cet article de vulgarisation s’appuie sur le résumé publié de l’étude (PubMed, PMID 40407097) et sur des extraits du texte intégral. Les résultats sont présentés de façon qualitative ; les coefficients statistiques détaillés se trouvent dans l’article original.
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