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Bouger pour mieux grandir : ce que l’activité physique change chez les enfants nés très prématurés

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Texte de VULGARISATION SCIENTIFIQUE

Une étude australienne a suivi plus d’une centaine d’enfants nés avant 30 semaines de grossesse jusqu’à l’âge de 4-5 ans. Résultat : les plus actifs avaient de meilleures habiletés à lancer et attraper un ballon, et des comportements plus prosociaux. Mais l’histoire est un peu plus nuancée qu’il n’y paraît.

Imaginez Léo, quatre ans et demi. Il court dans la cour, grimpe au module de jeu, essaie de rattraper le ballon que lui lance sa grande sœur. Rien d’extraordinaire, en apparence. Sauf que Léo est né à 27 semaines de grossesse, soit environ trois mois avant la date prévue. À sa naissance, il tenait dans la paume d’une main et a passé plusieurs semaines aux soins intensifs néonatals.

Aujourd’hui, ses parents se posent une question toute simple : est-ce que le fait de bouger beaucoup l’aide à se développer ? C’est précisément à cette question qu’une équipe de chercheuses et chercheurs de Melbourne, en Australie, a voulu répondre dans une étude publiée en 2024 dans la revue Archives of Disease in Childhood – Fetal and Neonatal Edition.

Pourquoi s’intéresser aux grands prématurés ?

Un bébé est considéré comme prématuré lorsqu’il naît avant 37 semaines de grossesse. Ceux qui naissent avant 30 semaines, comme Léo, font partie des « très grands » prématurés. Grâce aux progrès de la néonatalogie, la grande majorité de ces bébés survivent aujourd’hui. Mais naître si tôt, c’est arriver au monde alors que le cerveau est encore en pleine construction.

On sait depuis longtemps que ces enfants sont plus à risque de connaître certaines difficultés en grandissant : des problèmes de coordination motrice (maladresse, difficulté à attraper un objet ou à garder l’équilibre), des défis sur le plan de l’attention ou des apprentissages, ou encore des difficultés sur le plan émotionnel et social. Ces difficultés ne touchent pas tous les enfants, loin de là, et leur intensité varie beaucoup d’un enfant à l’autre.

Chez les enfants en général, de nombreuses études montrent que l’activité physique est bénéfique pour le développement moteur, mais aussi pour la santé, le sommeil, l’humeur et certaines fonctions cognitives. Pourtant, on connaissait encore mal ce lien chez les enfants nés très prématurément, qui sont justement ceux qui pourraient en avoir le plus besoin. D’où l’intérêt de cette étude.

Comment l’étude a-t-elle été menée ?

L’équipe, dirigée par la physiothérapeute et chercheuse Tara FitzGerald (Université de Melbourne et Murdoch Children’s Research Institute), a suivi 123 enfants nés avant 30 semaines de grossesse. Ces enfants avaient été recrutés dès leur naissance, puis évalués entre 4 et 5 ans d’âge corrigé.

L’âge corrigé, c’est quoi ? C’est l’âge qu’aurait l’enfant s’il était né à terme. Un enfant né trois mois trop tôt qui fête ses 5 ans a donc un âge corrigé d’environ 4 ans et 9 mois. On l’utilise pour comparer équitablement son développement à celui des autres enfants.

Pour mesurer l’activité physique, les chercheurs ont utilisé deux outils complémentaires :

  • Un accéléromètre, un petit capteur semblable à une montre d’activité, que chaque enfant a porté pendant sept jours. Il enregistre objectivement la quantité de mouvement et son intensité.
  • Un journal tenu par les parents pendant la même semaine, qui permettait notamment de distinguer les activités organisées (cours de natation, de danse, sport) du jeu libre (courir au parc, grimper, jouer dehors).

Le développement des enfants a, lui, été évalué sous trois angles, à l’aide d’outils reconnus :

  • La motricité : avec une batterie de tests standardisés (le MABC-2), qui mesure la dextérité manuelle, l’équilibre et les habiletés de visée et d’attrapé (lancer un sac de sable dans une cible, attraper une balle), ainsi qu’avec un questionnaire rempli par les parents sur la coordination de leur enfant au quotidien.
  • Les habiletés cognitives : avec une échelle d’intelligence pour enfants d’âge préscolaire (le WPPSI-IV), qui évalue entre autres le langage, le raisonnement, la mémoire de travail et la vitesse de traitement de l’information.
  • Le développement socioaffectif : avec un questionnaire bien connu sur les forces et les difficultés de l’enfant (le SDQ), qui porte notamment sur les émotions, le comportement, les relations avec les pairs et les comportements prosociaux, comme partager, aider ou consoler.

Les chercheurs ont ensuite utilisé des analyses statistiques pour vérifier si les enfants plus actifs obtenaient des résultats différents de ceux des enfants moins actifs. Ils ont aussi regardé quels facteurs présents dès la naissance pouvaient être liés à un faible niveau d’activité physique quelques années plus tard.

Ce que les chercheurs ont découvert

1. Bouger davantage, mieux attraper le ballon

Le résultat le plus clair concerne la motricité. Les enfants qui bougeaient davantage, selon l’accéléromètre, obtenaient de meilleurs résultats aux épreuves de visée et d’attrapé. Concrètement, chaque heure supplémentaire d’activité physique enregistrée était associée à une hausse d’environ un demi-point au score standardisé de cette épreuve.

Est-ce beaucoup ? Sur cette échelle, la moyenne des enfants est de 10 et l’écart habituel entre les enfants (l’écart-type) est de 3 points. Un gain d’un demi-point par heure d’activité représente donc un effet modeste, mais réel, et qui peut s’additionner. Lancer, viser et attraper sont des habiletés que l’on pratique justement en jouant : il est logique qu’un enfant qui bouge souvent ait plus d’occasions de les exercer.

2. Des enfants actifs… et plus prosociaux

Les enfants les plus actifs présentaient aussi de meilleurs scores de comportements prosociaux. Autrement dit, selon le questionnaire, ils avaient davantage tendance à partager, à coopérer, à être attentifs aux autres. Ce lien n’est pas si surprenant : courir, grimper, jouer à la tag ou au ballon, ce sont souvent des activités qui se vivent à plusieurs. Elles offrent mille occasions d’apprendre à attendre son tour, à négocier les règles du jeu et à se faire des amis.

3. Un résultat inattendu du côté de la vitesse de traitement

Toutes les associations n’allaient pas dans le sens attendu. Les enfants plus actifs obtenaient en moyenne des résultats un peu plus faibles à l’indice de vitesse de traitement, qui mesure la rapidité avec laquelle un enfant peut accomplir des tâches visuelles simples sur papier, comme repérer ou associer des images. Chaque heure supplémentaire d’activité enregistrée était associée à une baisse d’environ 2,4 points sur une échelle dont la moyenne est de 100 et l’écart-type de 15.

Il faut se garder de conclure que bouger « ralentit » le cerveau ! Ce résultat isolé ne s’observait pas pour les autres dimensions cognitives mesurées. Plusieurs explications sont possibles, sans que l’étude permette de trancher : par exemple, des différences de tempérament ou d’intérêt pour les activités calmes, sur papier, entre les enfants très actifs et les autres. C’est un bon rappel qu’en science, une seule étude soulève souvent autant de questions qu’elle apporte de réponses.

4. Les enfants ayant eu une lésion cérébrale bougent moins

Enfin, l’étude a permis d’identifier un groupe d’enfants plus à risque d’être peu actifs. Ceux qui avaient subi une lésion cérébrale importante pendant la période néonatale (dans les premières semaines de vie) faisaient moins d’activité physique d’intensité moyenne à élevée, celle qui fait accélérer le cœur et essouffle un peu. Ils faisaient aussi moins de jeu libre, non structuré, à 4-5 ans.

Ce constat est important pour les intervenants : ces enfants pourraient bénéficier d’un soutien particulier pour trouver des façons de bouger qui leur conviennent et qui leur plaisent.

Corrélation n’est pas causalité

Avant d’en tirer des conclusions, une mise en garde s’impose. Il s’agit d’une étude de cohorte, c’est-à-dire une étude qui observe des enfants dans leur vie de tous les jours, sans leur demander de changer leurs habitudes. Ce type d’étude permet de repérer des associations, mais pas de prouver qu’un facteur en cause un autre.

Par exemple, il est possible que bouger davantage améliore les habiletés à attraper un ballon. Mais l’inverse est aussi plausible : un enfant qui se sent habile et à l’aise avec son corps aura sans doute plus envie de bouger. Les deux effets se renforcent probablement l’un l’autre. Pour démontrer un véritable lien de cause à effet, il faudrait mener des essais où l’on propose à certains enfants un programme d’activité physique et où l’on compare leur évolution à celle d’enfants n’en ayant pas reçu.

Il faut aussi garder en tête que l’étude porte sur un groupe relativement restreint de 123 enfants, tous suivis à Melbourne. Les résultats devront être confirmés dans d’autres populations, y compris au Québec.

Que retenir pour les parents et les intervenants ?

Malgré ces limites, cette étude apporte un message encourageant : chez les enfants nés très prématurément, l’activité physique va de pair avec certaines habiletés motrices et sociales importantes pour l’entrée à l’école. Voici quelques pistes concrètes qui en découlent :

  • Faire bouger, tout simplement. Les Directives canadiennes en matière de mouvement sur 24 heures recommandent, pour les enfants de 3 et 4 ans, au moins 180 minutes d’activité physique par jour, réparties dans la journée, dont au moins 60 minutes d’intensité moyenne à élevée.
  • Valoriser le jeu libre. Courir au parc, grimper, sauter dans les flaques : le jeu non structuré compte tout autant que les activités organisées, et il est accessible à tous.
  • Jouer à lancer et à attraper. Ballons, balles de différentes tailles, sacs de sable, jeux de quilles : ce sont des occasions simples d’exercer la visée et la coordination œil-main.
  • Bouger ensemble. Les jeux à plusieurs, avec la fratrie, les amis ou les parents, favorisent aussi la coopération et les habiletés sociales.
  • Porter une attention particulière aux enfants plus vulnérables. Les enfants ayant subi une lésion cérébrale à la naissance pourraient avoir besoin d’un accompagnement adapté, par exemple en physiothérapie ou en ergothérapie, pour trouver du plaisir à bouger.
  • Suivre le développement. Pour les enfants nés grands prématurés, un suivi régulier du développement moteur, cognitif et socioaffectif jusqu’à l’âge scolaire permet de repérer tôt les difficultés et d’agir rapidement.

En conclusion

Revenons à Léo, qui court toujours dans la cour. Cette étude ne permet pas d’affirmer que chaque minute passée à courir fera de lui un meilleur joueur de ballon ou un meilleur ami. Mais elle suggère que, chez les enfants comme lui, bouger s’accompagne de compétences motrices et sociales précieuses. Et surtout, elle rappelle qu’il faut porter une attention particulière aux enfants qui bougent moins, notamment ceux dont le cerveau a été fragilisé à la naissance.

Encourager le mouvement au quotidien, par le jeu, le plaisir et la découverte, reste l’un des gestes les plus simples et les plus accessibles pour soutenir le développement de tous les enfants, qu’ils soient nés à terme ou non.

 

Référence de l’étude

FitzGerald, T. L., Cameron, K. L., Albesher, R. A., Mentiplay, B. F., Mainzer, R. M., Burnett, A. C., Treyvaud, K., Clark, R. A., Anderson, P. J., Cheong, J. L. Y., Doyle, L. W. et Spittle, A. J. (2024). Associations between physical activity and development in preschool-aged children born <30 weeks’ gestation: a cohort study. Archives of Disease in Childhood – Fetal and Neonatal Edition, 109(6), 602-608. https://doi.org/10.1136/archdischild-2023-326045

Pour aller plus loin : Société canadienne de physiologie de l’exercice, Directives canadiennes en matière de mouvement sur 24 heures pour la petite enfance (0-4 ans), csepguidelines.ca.

Note : cet article de vulgarisation s’appuie sur le résumé publié de l’étude (PubMed, PMID 38408793). Les chiffres cités proviennent de ce résumé.

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